Martin, il quitte son CDI pour se mettre en freelance

Martin, il quitte son CDI pour se mettre en freelance

J’ai eu le plaisir d’interviewer Martin Vandendriessche.
Martin est Brand Designer et sa réinvention professionnelle à lui a été de quitter son CDI pour se mettre en freelance.
Il n’est pas question ici de reconversion vers un métier passion, mais d’utiliser le freelancing pour avoir plus de temps pour vivre pleinement ses passions.

Dans cet interview, vous découvrirez pourquoi Martin a quitté son CDI et comment il a rééquilibré sa vie pro/perso grâce au freelance. 

Je vous laisse découvrir tout de suite nos échanges.
Si vous préférez le format vidéo, vous pouvez visionner sur ce lien notre interview vidéo. 

Martin, quel est ton parcours ?

Alors, j’ai commencé mes études à l’UTC. C’est une école d’ingénieurs à Compiègne, où j’ai étudié le génie mécanique.

Je suis arrivé là un peu parce que j’avais des bonnes notes à l’école et j’aimais bien les maths et la physique.

Avec le recul je pense que ce n’était pas spécialement fait pour moi. 

Ce n’était pas assez créatif. 

En fait, j’ai toujours aimé créer des trucs que ce soit en musique ou art plastique. 

Je suis allé dans cette école parce que le parcours classique pousse à faire des grandes écoles. 

Mes parents m’ont toujours dit « tu fais ce que tu veux », mais comme je ne savais pas quoi faire c’était un peu la voie par défaut. 

D’ailleurs si je regarde mes amis de promo, on est la moitié à avoir pivoté autre chose.

J’ai vite déchanté en arrivant à l’UTC, car les cours de Maths et Physique étaient très techniques. 

Les seuls cours dans lesquels je prenais du plaisir, c’étaient les cours de 3D. 

C’était créatif et j’aimais ça !

Et c’est là où je me suis dit que ma porte de sortie pouvait être le design industriel.

J’ai eu de la chance, il y avait une spécialisation Design Industriel au sein de la branche génie mécanique dans mon école. 

Avec le côté ingénieur mécanique, ça m’a permis d’apprendre tout ce qui est procédé d’industrialisation et fabrication des produits. 

C’est très complémentaire du design.

Ensuite, j’ai eu la chance de  faire mon stage de fin d’études dans un studio de design. 

Ce n’était pas du tout technique. C’était très créatif. Le stage était génial !

C’est là où je me suis dit que brand designer, ça me plaisait vraiment comme boulot. 

Le problème, ça a été ensuite pour trouver un taf. 

C’était un peu plus compliqué.

Mine de rien quand tu sors d’école ingénieur et que tu cherches dans le design, tu es en concurrence avec tous les designers qui ont fait une école de Design.

Comme je voulais vraiment trouver un job qui me correspondait et qui allait dans le sens de la carrière que je voulais mener, ça m’a pris de février 2014 (date de ma sortie d’école) à Novembre 2014 pour trouver un job. 

Il y avait beaucoup de jobs possibles en conseil, mais ce n’était pas ce que je recherchais.

J’ai fini par trouver une annonce, via un ami, pour une start-up MyBrain Technologies. 

Je suis donc allé les rencontrer dans leur incubateur. 

Ensuite, j’ai été pris et ça a été génial. 

J’ai retrouvé une sorte d’ambiance étudiant : tout le monde est ensemble, travaille à la rache, découvre les facettes de leurs métiers par eux-mêmes. On agit à l’instinct. 

Et ce qui m’a beaucoup plus, c’est qu’on n’était pas beaucoup. 

Du coup, tout de suite ton travail a un gros impact sur la réussite du projet. 

Ce n’est pas comme si tu travaillais chez Spotify sur une fonction de recommandation.
Dans un grand groupe comme Spotify, si tu fais de la merde, ce n’est pas grave. Le produit est déjà tellement puissant, tu n’es qu’une petite pièce. 

Là, c’était différent, j’étais au coeur de la confection du produit. 

C’est exactement ce que je recherchais. 

Avec ma casquette designer et ingénieur mécanique, j’avais les connaissances pour pousser le produit jusqu’à l’industrialisation et faire le suivi derrière.

J’ai donc travaillé 4 ans chez eux. 

Les 3 premières années, j’ai bossé sur le design industriel de leur produit. 

C’était sur un casque nommé Mélomind. 

Ça ressemble à un casque audio où il ya des petits capteurs d’électroencéphalographie pour mesurer l’activité cérébrale.

Le but de ce casque c’est de faire de l’entraînement cérébral pour améliorer des processus cérébraux. 

Une folle aventure parce que je me suis vu confier le design d’un produit qui était ultra novateur alors que je sortais d’école. 

Je pense qu’il y a énormément de designers qui vont dans des studios de design où on leur confie des petits trucs à droite et à gauche. 

Moi, j’ai vraiment eu une sacrée opportunité. 

On m’a fait confiance de A à Z. 

J’ai été très autonome pendant 3 ans.

J’ai pu faire les choix que je voulais que ce soit niveau esthétique ou fonctionnel. J’avais carte blanche.

Ensuite, j’ai été en charge de tout ce qui était industrialisation. 

J’ai visité les usines, rencontré les industriels, fait les choix industriels. 

Je les ai accompagnés pour que tous les choix que j’avais faits sur le produit soient respectés. 

Ça c’était génial et j’avais adoré.

Mais alors, pourquoi avoir quitté ce CDI ?

Une fois que le produit est sorti, là je suis passé en UX (User Experience). 

En fait, j’étais en charge de continuer le développement de l’application mobile qui allait avec le casque. 

Il fallait avoir une application qui contient bien tout le programme d’entraînement. 

J’ai dû faire un peu d’amélioration continue sur l’expérience utilisateur. 

Là c’était totalement différent par rapport à ce que j’avais pu faire les années précédentes. 

Une fois de plus, ils m’ont fait totalement confiance. 

Mais, j’ai moins apprécié, car j’avais moins d’appétence à designer des écrans d’application mobile. 

Plus le temps passait, plus je me questionnais sur que quel était mon rôle et est-ce que je croyais vraiment au projet ?

Il y a énormément à faire dans les neurosciences, mais le marché sur lequel allait la boîte n’était pas vraiment en accord avec mes principes éthiques. 

J’ai totalement conscience que ce n’était pas forcément là où voulaient aller mes boss également. 

Mais quand on démarre, il faut vite trouver le bon product/market fit pour que la start-up survive et que les investisseurs continuent d’investir. 

Et là, pour que la start-up survive, la solution marché était les entreprises. 

L’idée était de proposer des programmes de relaxation et de gestion du stress dans des grandes entreprises.

J’avais un peu de mal avec l’idée qu’au lieu que les entreprises travaillent sur comment  diminuer les sources de stress, ils offrent une solution de gestion de stress en ne changeant rien à leur organisation. 

Ils prennent le problème du mauvais côté pour moi. 

Et donc même si j’étais vachement attaché à la boîte émotionnellement, et à mes boss avec qui je suis resté encore en très bon terme, j’avais un petit souci avec ce concept.

J’ai donc décidé en 2018 de quitter mon CDI.

Et là, je me suis demandé, qu’est-ce que j’ai envie de faire maintenant ?

Comme je ne savais pas trop, je me suis dit que j’allais prendre mon temps.

Je suis partie quelques mois en Amérique du Sud. 

J’ai vagabondé.

Je me suis posé plein de questions. 

Et durant ce voyage, j’ai une amie qui m’a envoyé un message, car une de ses amies cherchait un designer. 

J’ai appelé cette personne.

On est resté 1h30 au téléphone ensemble, et l’échange était ultra enrichissant. 

Cette nana développait une marque d’eau dans des bouteilles faites à base d’amidon de Maïs. Donc des bouteilles biodégradables. 

C’était cool, car c’était un projet qui était vraiment aligné avec mes valeurs et mon éthique. 

Et mettre son énergie dans quelque chose qui fait sens pour moi, c’est exactement ce que je recherchais.

Elle m’a donc proposé de bosser pour eux en freelance. 

Et c’est comme ça que je me suis lancé dans le freelancing.

Je me suis donc lancé plus par opportunisme. 

Du coup, je n’ai pas eu cette peur de me lancer. Avant même de me lancer, j’avais déjà une première mission qui me permettait de vivre. 

Et comme j’avais négocié une rupture conventionnelle quand j’étais parti de ma start-up, j’avais le chômage pour compenser au besoin.

Le freelance, c’est un mode de fonctionnement qui me convient parfaitement. 

Tu gères ton temps, tes objectifs.

Ça fait maintenant 2 ans que je suis en freelance. 

Pour être honnête, je n’ai jamais eu à chercher de missions.

Elles me sont tombées dessus à chaque fois.

 Et là je commence seulement à prospecter et faire de la communication pour me rendre visible et trouver de nouvelles missions.

Qu’est-ce que tu aimes dans le freelance versus salariat ?

Tout est dans la liberté. 

Dans le freelance, tu as une liberté que tu n’as pas dans le salariat. 

Je sais que là où je suis le plus efficace c’est entre 18h et 21h.

Et j’aime bien me lever à 9h. 

Ces horaires ne sont pas forcément compatibles avec le salariat de base. 

Là où j’arrive bien à travailler, c’est là où finalement les salariés rentrent du boulot. 

Aujourd’hui, j’organise mes journées comme je veux. 

Si je vois qu’une journée je ne suis pas efficace, je pars faire autre chose. Je rattraperai plus tard. 

Alors, qu’en entreprise, il faut faire acte de présence même si tu n’es pas efficace. 

Tu vas rester derrière ton ordinateur parce que tu es dans des heures où il faut travailler. Alors que si tu partais te balader, le résultat serait le même, vu que tu ne fais rien derrière ton ordi. 

Je trouve cette mentalité du salariat assez hypocrite. 

J’ai eu la chance quand j’étais en start-up mon boss ne me fliquait pas. Il était très ouvert sur les horaires de travail à partir du moment où le travail était fait. 

Donc pour revenir dans le salariat il faudrait vraiment que ce soit un projet qui m’inspire énormément et une équipe de 3-4 personnes maximum. 

Être un pion dans une entreprise de 100 personnes ne m’intéresse pas. J’ai besoin de savoir que mon travail à un réel impact sur la vie de l’entreprise.

A quoi ressemblent tes semaines types ?

Alors, ça va dépendre des missions. 

Quand j’ai un gros projet, je vais travailler full-time tous les jours. 

Mais, de manière générale, j’aime réserver des journées pour bosser sur des projets perso. 

En fait, dans mon mois, je travaille entre 5 et 10 jours. 

Cela me permet d’avoir suffisamment d’argent pour rembourser ce que j’ai à rembourser. 

Et ça me permet surtout d’avoir beaucoup de temps pour faire mes projets perso en parallèle. 

Je fais beaucoup de menuiserie. J’adore fabriquer des meubles. J’ai la chance d’avoir l’atelier de mon père pas loin et donc j’y passe beaucoup de temps. Je me suis fabriqué des enceintes, un fauteuil et plein de mini-trucs pour chez moi. 

Et tu vois, cet équilibre je ne pourrais pas l’avoir avec un CDI.

5-10 jours de travail par moi ? C’est quoi ton secret ?

Alors, je ne suis pas très dépensier.

J’achète très peu de choses. 

J’ai pris la décision d’arrêter l’avion également. Sauf si je vais bouger pour une période très très longue. 

Donc ça limite les dépenses. 

Avec ma copine, on est parti l’été dernier en vélo avec notre tente. C’était des vacances qui n’ont presque rien coûté !

Je dépense donc très peu pour ne pas avoir à travailler trop et ainsi avoir le temps de faire plein de choses à côté. 

Je fais de la musique également. Avec le CPF j’ai pu me financer une formation d’ingénieur du son. Et je m’entraîne énormément au mixage en ce moment.

Ce mode de vie de freelance me permet vraiment d’avoir diverses activités en parallèle de mon job.

Penses-tu un jour faire de ces activités passion ton job ?

Pour le moment, je n’envisage pas de vivre de ces passions. 

La musique j’aimerai bien que ça se convertisse en un projet artistique.

Mais pas forcément qui rapporte de l’argent. 

Pour le moment, je fais mes expériences. 

J’ai créé un petit collectif avec des potes où on se retrouve. 

On fait du rap et c’est un petit laboratoire où je m’entraîne à faire des productions. 

Je trouve ça hyper cool de passer des soirées entre potes où on fait de la musique et après je travaille le mixage. Ça change d’aller boire des bières dans un bar !

Et ensuite, pour les meubles, j’ai peur que si je passe full time dessus, je perde ce côté passion. 

Après je n’exclus pas cette piste. 

Peut-être que dans 10 ans, j’achèterai une maison à la campagne, avec un atelier et je ferai mes meubles sur mesure que je vendrai…

Pour conclure, comment te sens-tu aujourd’hui ?

Je suis plutôt bien ! 

Je suis très content d’être en freelance. 

Le plus dur c’est de trouver son équilibre. 

Là je suis dans une période un peu de stress, car il faut que je trouve de nouveaux clients. 

Même si j’ai encore le chômage, je suis en recherche intensive de clients.

Mais, le fait d’avoir cet équilibre vie pro/vie perso est ultra motivant. 

Car quand dans le travail j’ai des coups de mous, j’ai mes projets perso qui me redonnent un coup de boost, et c’est reparti ! 

Les deux s’alimentent parfaitement. 

C’est un cercle vertueux qu’il est important à avoir et que tu n’as pas, je trouve, quand tu travailles du Lundi au Vendredi sans pause.

Je suis donc hyper content de ce rythme que j’ai réussi à créer.

Quelles sont les difficultés du freelancing ?

J’en ai parlé un peu : gérer sa communication pour attirer de nouveaux clients.

Et ensuite, trouver son rythme. 

Il a fallu que je me réajuste plusieurs fois. 

Car quand tu travailles de chez toi, tu fais 3m pour aller aux toilettes et 3 pour aller te faire à manger. 

À la fin de la journée, tu as à peine bougé et tu n’as vu personne. 

Ce qui a été cool avec la pandémie, c’est qu’avec le télétravail, un pote venait chez moi, on travaillait ensemble. On se tenait compagnie et ça permet d’avoir du lien social.

Tu peux vite être enfermé dans ton monde. 

C’est vraiment important de se dédier du temps pour sortir.

Quels conseils donnerais-tu justement à quelqu’un qui veut se lancer dans le freelancing ?

Comme je viens de le dire, ne pas rester seul pour commencer.

Et ensuite, une des difficultés que j’ai eue et que j’ai encore, c’est d’arriver à prendre du recul sur mon travail. 

Parce que quand tu es dans une entreprise, c’est assez facile de demander conseil à untel untel.

Donc mon conseil, ce serait de se faire confiance en sa capacité à créer des choses qui ont de la valeur. 

Et après ne pas hésiter à demander autour de soi, ce que les autres en pensent.

Je suis perfectionniste, et j’ai tendance à dire que ce que je fais c’est nul.

Je me compare beaucoup aux autres. 

Mais seulement ceux qui sont dans le top du top ! 

Il y a une plateforme de designer et je vais me comparer au top du top des projets. 

Alors, qu’il faut sans hésiter demander conseil à son entourage. 

Eux vont avoir un regard beaucoup plus subjectif. 

Toi tu as la tête dedans, eux sont extérieurs à ton projet et te donneront un vrai feedback.

Je remercie grandement Martin pour son temps pour cet interview et si vous cherchez un designer où souhaitez voir ses magnifiques designs, vous pouvez le retrouver sur :

Que faut-il retenir de l’expérience de Martin ?

1. Même si vous êtes attaché à une entreprise, si vous sentez que cette dernière n’est plus alignée avec vos valeurs, suivez votre instinct.

Martin ne savait pas ce qu’il allait faire. Mais, il savait une chose : rester dans cette entreprise n’était pas la bonne solution.

Il a donc suivi son instinct pour se jeter dans l’inconnu.

Finalement, ça a été le début d’une super nouvelle aventure ! 

2. Le freelance peut vous permettre une vraie liberté

Le freelance permet à Martin de travailler sur les horaires où il est le plus productif. 
Ça lui laisse également plein de temps pour se consacrer à ses projets perso (la musique et la menuiserie)
Si vous n’êtes pas sûr d’être fait pour entreprendre, lisez mon article : Suis-je fait pour l’entrepreneuriat ?

3. La reconversion n’est pas l’unique solution à vos problèmes

Martin a deux grandes passions : la musique et la menuiserie. 
Au lieu d’essayer de vivre de ses passions, il préfère rester dans son domaine du design en ajustant ces temps de travail pour avoir du temps à consacrer à ses passions.
À vous de bien identifier vos besoins pour prendre les bonnes décisions.

4. Il n’est pas toujours nécessaire de travailler plus pour gagner plus

Martin pourrait travailler plus pour gagner plus. Il n’a pas fait ce choix.
Martin préfère réduire ses dépenses pour travailler moins. Cela lui permet ainsi d’avoir plein de temps à consacrer à ses passions.

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